Qu’est-ce que le Cyphral Distich ? Origine et contexte historique

Le Cyphral Distich est un cryptogramme qui a défié les esprits pendant plus de trois siècles. Imprimé à la fin du traité Logopandecteision de l’écrivain écossais Thomas Urquhart, publié à Londres en 1653, il se présente sous une forme déconcertante.

Le texte chiffré se compose de deux lignes de 32 nombres chacune, soit 64 chiffres au total. La séquence exacte des deux lignes est la suivante : 5.3.27.38.32.14.21.8.66.8.70.39.5.9.12.18.2.3.56.5.1.7.3.2.13.19.3.25.9.3.16.6 puis 25.15.13.6.11.20.5.1.2.12.1.20.20.49.20.20.35.33.4.6.8.35.5.33.5.5.18.10.3.11.32.42.

L’énigme n’est pas nouvelle pour la communauté scientifique. Dès 1899, elle avait été posée comme un problème ouvert dans la revue savante Notes and Queries. Malgré cette exposition, le mystère est resté entier. Le chercheur en cryptographie historique Klaus Schmeh, décrit comme l’auteur de cryptologie le plus publié au monde, a classé ce cryptogramme au 28e rang de sa liste des 50 messages chiffrés non résolus les plus célèbres.

Qui était Thomas Urquhart et pourquoi a-t-il créé ce cryptogramme ?

Pour comprendre le Cyphral Distich, il faut s’intéresser à son créateur. Thomas Urquhart était un écrivain écossais et un royaliste convaincu. Vivant à une époque de profondes tensions politiques en Grande-Bretagne, il a mis son talent au service de la monarchie.

Urquhart n’était pas seulement un poète ou un soldat, c’était aussi un linguiste visionnaire. Son traité Logopandecteision visait à créer une langue universelle, une construction linguistique extrêmement complexe visant à représenter toutes les pensées humaines de manière logique. Ce goût pour la systématisation et les structures cachées explique naturellement pourquoi il a conçu un cryptogramme aussi spécifique.

Étant un royaliste fervent, il cherchait un moyen de faire passer un message politique sans risquer de se compromettre publiquement face aux autorités de l’époque. La création de ce chiffre répond à une double motivation : protéger un message sensible et démontrer l’ingéniosité de sa méthode linguistique.

Comment Claude Fable 5.1 a résolu l’énigme en 44 minutes

Claude Fable 5.1, le nouveau modèle d’Anthropic, a réalisé un exploit retentissant en résolvant ce cryptogramme vieux de 373 ans. Selon Vals AI, le modèle a travaillé sur le Cyphral Distich pendant 44 minutes, en utilisant exactement 176 000 tokens et en recevant un minimum d’indices de l’opérateur.

L’expérience a été menée par le chercheur de Vals AI, Gaby Jaffe (orthographié aussi Geby Jaff dans certaines sources), qui a demandé au modèle de choisir et résoudre lui-même un cryptogramme historique non résolu. L’IA a donc sélectionné l’énigme d’Urquhart et l’a déchiffrée de manière autonome.

Techniquement, Claude Fable 5.1 se distingue de ses prédécesseurs par une capacité accrue à maintenir un contexte logique complexe sur de longues séquences de calculs. Contrairement aux versions antérieures de Claude qui pouvaient perdre le fil d’un problème itératif, Fable 5.1 excelle dans l’évaluation d’hypothèses successives, rejetant les pistes fausses pour ne garder que les schémas valides. Par ailleurs, Anthropic a annoncé que tous les textes générés par Fable 5.1 porteraient désormais un filigrane (watermark) qui ne peut pas être désactivé.

La méthode de déchiffrement : un chiffre par livre (book cipher)

Avant l’intervention de l’IA, les tentatives de déchiffrement précédentes reposaient sur des méthodes classiques comme l’analyse fréquentielle, la substitution simple ou homophonique. Ces approches supposaient toutes que la clé était externe au livre, mais aucune n’a abouti.

La solution trouvée par le modèle utilise un chiffre par livre (book cipher). Pour un public non spécialiste, voici comment cela fonctionne étape par étape. La règle de déchiffrement consiste à prendre le i-ème nombre comme index de mot dans la i-ème « procuration » (souhait numéroté) du livre. Une fois le mot identifié dans le texte d’Urquhart, il suffit de prendre la première lettre de ce mot sélectionné.

Par exemple, si le premier nombre est 5, on se rend au cinquième mot du premier souhait numéroté du Logopandecteision, et on extrait sa première lettre. On répète l’opération pour les 64 nombres, ce qui construit le message lettre par lettre. C’est une méthode qui exige une connaissance intime du texte source, rendant le chiffre indéchiffrable sans le livre original.

Le message décrypté et sa signification royaliste

En appliquant cette méthode de chiffre par livre, le message décodé révèle des intentions politiques claires. La phrase obtenue est : « O God uphold King Charls the Second and make him the supreme ruler of this land ».

Ce message est une prière royaliste appelant à la restauration de Charles II sur le trône. Chaque ligne de la solution contient exactement 32 lettres et se termine par une rime en « and / land », formant un distique rimé tout à fait conforme au nom du cryptogramme. Puisque Thomas Urquhart était un royaliste convaincu, l’hypothèse d’une prière cachée pour Charles II est parfaitement cohérente avec le personnage historique.

Le Cyphral Octastich : la seconde énigme d’Urquhart également percée

L’ingéniosité d’Urquhart ne s’est pas arrêtée au Cyphral Distich. Il a laissé un second cryptogramme du même style, le Cyphral Octastich, dans son livre The Jewel publié en 1652, contenant 285 nombres au lieu de 64.

Une particularité technique de ce livre intrigue les chercheurs. L’ouvrage The Jewel (1652) compte exactement 284 pages numérotées, et l’octastich plus un décagramme contiennent 285 nombres au total. Claude Fable 5.1 a réussi à résoudre le Cyphral Octastich à l’exception de neuf lettres qui restent incertaines.

Une partie de la solution de l’Octastich contient la phrase suivante : « GREAT LORD, MANTAINE THAT REGAL FAMILIE WHEREOF KING CHARLS THE SECOND IS THE HEAD ». La vérification rigoureuse de ce second cryptogramme nécessiterait un accès physique à une véritable édition de 1652, car les scans numériques actuels ne permettent pas de vérifier les positions contestées.

Scepticisme et controverses autour de la solution

Malgré l’éclat de cette percée technologique, la communauté cryptographique reste prudente. Certains chercheurs en cryptographie historique n’ont pas confirmé le déchiffrement et remettent en question l’existence même du cryptogramme sous la forme décrite dans les sources du 19e siècle.

Un point de désaccord technique porte sur l’interprétation de la locution latine « hinc inde ». Les experts débattent pour savoir s’il faut la compter comme un seul élément ou comme deux éléments distincts. Ce choix d’interprétation affecte directement un caractère de la solution du second cryptogramme.

Sur le plan de la réception publique, la publication de Vals AI sur ce sujet a été relayée sur Hacker News, où elle a recueilli plus de 260 points et plus de 80 commentaires. Ce haut niveau d’engagement montre à la fois l’ fascination pour l’IA et le besoin critique de validation par les pairs dans la résolution d’énigmes historiques. C’est pourquoi la communauté cryptographique n’a pas encore officiellement validé la découverte, exigeant des preuves matérielles irréfutables.

Ce que cette découverte révèle sur les capacités des IA modernes

Cet événement marque un tournant dans l’application de l’intelligence artificielle à la recherche historique. Tout comme l’IA a permis des avancées sur des problèmes mathématiques complexes tels que le théorème de Fermat ou la conjecture de Jacobi mentionnés par Anthropic, la résolution du Cyphral Distich prouve que les modèles de langage peuvent manipuler des contextes historiques et linguistiques avec une profondeur inédite.

Cela ouvre des perspectives majeures pour la recherche en cryptographie historique et la gestion des archives numériques. Les IA modernes ne se contentent plus de générer du texte, elles raisonnent sur des structures de données complexes, testent des combinaisons logiques et appliquent des règles de cohérence à travers des milliers de tokens. La capacité de Claude Fable 5.1 à autonomiser la résolution de problèmes ouverts et non documentés illustre une évolution structurelle vers des agents cognitifs capables de découvertes scientifiques.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Cyphral Distich exactement ?
Le Cyphral Distich est un cryptogramme créé par l'écrivain écossais Thomas Urquhart, publié à la fin de son traité Logopandecteision en 1653. Il se compose de deux lignes de 32 nombres chacune, soit 64 chiffres au total.
Comment Claude Fable 5.1 a-t-il réussi à déchiffrer ce cryptogramme vieux de 373 ans ?
Le modèle d'Anthropic a résolu l'énigme en 44 minutes en utilisant environ 176 000 tokens. Il a appliqué un chiffre par livre (book cipher), prenant chaque nombre comme index de mot dans les souhaits numérotés du traité pour en extraire la première lettre.
Quel est le message caché dans le Cyphral Distich ?
Le message décodé est une prière royaliste : « O God uphold King Charls the Second and make him the supreme ruler of this land ». Il appelle à la restauration du roi Charles II sur le trône d'Angleterre.
Le Cyphral Octastich a-t-il été entièrement résolu ?
Claude Fable 5.1 a résolu le Cyphral Octastich presque en totalité, à l'exception de neuf lettres qui restent incertaines. La vérification complète nécessiterait un accès physique à une édition originale de 1652 du livre The Jewel.
Pourquoi certains experts doutent-ils de la validité de cette solution ?
Certains chercheurs en cryptographie historique contestent l'existence même du cryptogramme sous la forme décrite dans les sources du 19e siècle. De plus, des détails comme l'interprétation de la locution latine 'hinc inde' créent des divergences sur certains caractères de la solution.
Qui était Thomas Urquhart et pourquoi a-t-il inventé ce chiffre ?
Thomas Urquhart était un écrivain écossais et un royaliste convaincu du 17e siècle. Il a créé ce chiffre pour cacher une prière en faveur du roi Charles II, tout en démontrant l'ingéniosité de sa langue universelle.